Pourquoi il n’y a pas de facture pour une psychothérapie ou une psychanalyse ?

 

Dans la pratique clinique, il y a une nouvelle demande qui émerge à savoir celle des factures.  Le plus souvent de manière aimable mais parfois aussi teintée de revendication voire de colère. Tout cela fait partie de la clinique et se travail au sein de la cure, qu’il s’agisse d’une psychothérapie et a fortiori d’une psychanalyse.

 

Pourquoi alors écrire quelques lignes sur ce sujet ?

 

Parce que la règlementation s’invite dans la scène qui dès lors n’est plus uniquement clinique mais bascule dans le registre « des obligations actuelles d’information et de transparence imposées aux professionnels de santé ». La psychanalyse est depuis toujours subversive mais inscrite dans le champ symbolique duquel la Loi appartient. La visée n’est aucunement de s’opposer aux Lois mais de garantir le cadre psychanalytique puisqu’un psychanalyste est payé pour cela : faire son travail !

 

Cliniquement, au‑delà de l’indication théorico-clinique lacanienne de ne pas répondre à la demande, ne pas donner de facture se justifie par l’engagement de l’être nécessaire pour l’opération clinique. Cet engagement en temps, en parole, en déplacement jusqu’à la consultation mais aussi en argent par le règlement pour sa parole compte dans l’opération clinique. La psychanalyse vise la construction subjective, de permettre à un être d’occuper une position subjective de responsabilité de lui-même et de son désir. Cela est incompatible avec le fait de se faire rembourser ses séances auprès de sa mutuelle, auprès de fonds pour victime, auprès du bourreau, auprès de père et mère, auprès de l’ex-mari ou de l’ex-femme et surement j’en oubli.

 

Pas de remboursement ! Seul avec sa responsabilité vis-à-vis de soi‑même de grandir, d’avancer, de construire.

 

Aucune obligation à faire une psychothérapie ou une psychanalyse. Aucun besoin d’être en cure pour respirer, manger, déféquer … La psychanalyse n’est pas du champ du besoin, indispensable pour que la vie soit. La psychanalyse est du champ du désir, indispensable pour qu’un sujet existe. Cela nécessite un effort, d’y mettre du sien. Il n’est pas obligé que ce soit laborieux mais si la souffrance est ce qui mène vers une cure, le soin ne peut pas se faire sans que l’être s’engage. Faire croire qu’il est possible de construire une voie pour soi-même, dégagé de la souffrance, sans être responsable de sa parole et de son positionnement est un leurre.

 

Pourquoi vouloir se faire rembourser pour sa parole, pour son travail de construction de sa propre existence ?

 

Voici une question qu’il est possible de venir explorer dans le cadre d’une psychothérapie ou une psychanalyse.

 

Dans ma consultation chacun règle à hauteur de ses possibilités, une somme qui compte pour soi-même et qui honore sa parole. C’est le dispositif de la Consultation Publique de Psychanalyse mise en place par Fernando de Amorim dans la lignée freudienne mais aussi lacanienne. Pas de facturation pour remboursement mais un règlement par soi-même avec ses propres moyens.

 

C’est une proposition éthique et clinique qui dénote certainement de la modernité.

 

Dans le cadre de la cure, l’être repart sans que rien ne lui soit donné. Ni document – attestation de présence, facture, bon point – ni technique pour vivre sa vie, RIEN. Lacan avait mis en garde contre le don car il y a un prix à payer. La psychanalyse propose une voie autre, une voie construite au fil des séances, une voix construite au fil des séance…